Archive pour juin 2007

Mise Ă nu

Lundi 25 juin 2007

We are accidents
waiting
waiting to happen.

-Radiohead

Devant un poumon de fumeur noirci et un foie ravagé par une cirrhose que j’ai vus à l’exposition Le Monde du corps 2 au Centre des sciences, je pensais à Zelda et Scott Fitzgerald. Je suis plongée dans leur univers, à la fois fascinée et horrifiée par leur vie et leur destinée. La génération perdue, c’était quelque chose, et les années folles portaient très bien leur nom. J’ai passé tout le week-end dans leurs biographies, leurs romans. J’ai parfois de ces fixations qui m’occupent de façon maniaque, on dirait souvent que je commence une thèse que je n’aurai jamais besoin d’écrire, ce qui me rend d’autant plus frénétique, puisque je n’ai aucune limite, aucun encadrement autre que ma fascination qui grandit plus je l’alimente.

Cette expo Le monde du corps dont on a tant parlé mérite vraiment le détour. La dernière fois que j’ai vécu une chose semblable, c’était à l’expo La Morgue de Serrano – les thèmes sont voisins. Mais c’est en fait très différent. Serrano esthétise la mort par la photographie, tandis que Gunther Von Hagens esthétise la machine biologique à même le matériau du sujet, sans intermédiaire autre que la représentation elle-même.
C’est curieux, mais l’attrait morbide indéniable qui attire les visiteurs à l’expo Le monde du corps – parce qu’on sait qu’il s’agit de vrais corps – disparaît complètement devant l’exhibition de la mécanique interne des organes. À commencer par cette impossibilité de donner une personnalité aux corps dépouillés de leur enveloppe de chair, ce qui nous coupe tout de suite l’envie du pathos. Cette expo est en fait pleine de vie, pleine de réalité brute, mais c’est une forme de pornographie qui tue l’érotisme. Voir des pénis et des vagins dénudés à ce point les réduit à ce qu’ils sont fondamentalement : des conduits, des engins. Mais cela n’explique en rien la façon dont nous les percevons et les employons.

On se rend compte, finalement, que toute la culture est basée sur une surface- l’enveloppe charnelle- et sur une vague idée de ce qu’est l’esprit. On ne se connaît pas ou si peu.

Ces « morceaux » ont appartenu à des gens. La preuve est qu’ils ont vécu et qu’ils sont endommagés. Ainsi, j’ai pu voir un infarctus dans toute sa splendeur, et un ACV, ma pire phobie dans le lot de mes phobies. C’est décevant : une tache d’encre dans le cerveau, bien localisée. Qu’une si petite chose annihile brutalement l’existence d’un être par sa bête brisure rend bien humble, mais ça ne me rassure pas pour autant, loin de là . Même que ça me fâche.

Toutes ces immensités vers lesquelles nous nous déployons, croyant désespérément en faire partie, et qui peuvent disparaître par le caprice d’une valve, d’une artère ou d’une tumeur, il me semble que cela prouve ce que j’ai lu dans L’Évangile de Judas. Nous sommes les créatures d’un dieu déchu et sadique, qui nous a donné la petite parcelle de conscience pour deviner qu’il y a de grandes vérités auxquelles nous n’auront jamais accès, tout en nous empêtrant de ce corps à la mécanique fascinante mais voué à la corruption, à l’usure, à la destruction. Un allié forcé jusqu’à ce qu’il se révèle être un traître.

Aussi, tout ce que nous faisons subir à ce corps pour supporter le feu de notre esprit et de nos émotions me renvoie l’image du lion en cage; c’est trop petit, peu importe la qualité de la cage et peu importe le soin qu’on apporte à son entretien. Je reconnais la complexité et même la beauté de la machine mais refuse de la voir comme une maison accueillante et confortable. Elle comporte trop de vices cachés, de souterrains et de passages sinueux, sombres et ignorés. J’ai été particulièrement fascinée par les œuvres représentant le système nerveux; pour la première fois je voyais le corps comme une chose électrifiée, ce que je devinais mais ignorais, comme j’ignore le réseau de fils électriques planqués dans les murs de ma maison et qui la fait fonctionner, en me croisant les doigts pour que l’électricien ait bien fait son boulot.

Mais cet étalage surprenant n’explique en rien mes aspirations, mes envies, mes transports, mes souffrances, mes errances. Je pense à Zelda, le bras tordu dans son dos, la lèvre tuméfiée à force d’être rongée et son rictus incontrôlable, à son combat incroyable pour repousser la folie; à Scott et son désir éperdu de réussir, et à tout l’alcool qu’il a dû ingurgiter pour essayer d’être à la hauteur. Et je me dis que le corps n’est pas tout même si c’est tout ce que nous avons; il évolue dans un monde qui sans cesse le malmène et envers qui il se défend, toujours au moyen de l’esprit tentant d’ignorer le corps – mais celui-ci finira immanquablement par lui rappeler qui est, véritablement, l’hôte.

Only in Montreal

Samedi 16 juin 2007

J’ai Ă©tĂ© ramenĂ©e chez moi par un chauffeur de taxi manchot.
Je vous jure.
Ou, en tout cas, une victime de la thalidomide, puisqu’il n’avait pour bras que des espèces de pinces de chair, recouvertes de gants noirs.
Pour me rassurer, j’ai pensĂ©: pour qu’un manchot soit chauffeur de taxi, il doit avoir ĂŞtre un genre de geek du volant.
Mais on a failli avoir un accident. Pas Ă cause de ses bras, mais parce que c’est un cowboy de la route. J’ai pensĂ© Ă Lise Thibault, comme ça.
J’aurais tout aussi bien pu intituler ce post “pourquoi c’est toujours Ă moi que ces choses-lĂ arrivent?”.
Anyway, qu’est-ce que j’y connais? Je n’ai pas mon permis parce que je n’ai jamais appris Ă conduire.

Soirées

Dimanche 10 juin 2007

elainegofreak1.jpgMy body is a cage that keeps me from dancing with the one I love, but my mind holds the key.-Arcade Fire

Exténuée par deux heures de défoulement intense sur ma piste de danse maison, je me suis assise pour regarder mes amies recréer une scène du Rocky Horror Picture Show ou se prendre pour des acrobates du Cirque du Soleil – Élaine, en faisant son 360 degrés, a rehaussé d’un cran ce qui semble devenir une tradition au Dépanneur (ou Bodéga, qu’est-ce que vous préférez?), soit la traction-sur-la-poutre-du-plafond. Moi, faire ça? S’il y a une ambulance en stanby, peut-être.

Zhom : On dirait que tu as plus de plaisir à regarder les gens en avoir que d’en avoir toi-même.
Lady : Exact.

En m’allumant une cigarette pendant que Chantal et Flo faisaient des roulades, je me suis dit : Ça fait des années que j’ai vu mes amis se laisser aller de cette façon. Pourquoi?

Mes lendemains de cuites sont beaucoup plus doux depuis que je peux faire ce que je veux – ce qui n’est même plus possible dans les lieux officiels de perdition que sont les bars. Qu’est-ce qu’un bar s’il n’est qu’un endroit où la loi fait loi? J’en reviens en ayant l’impression que le party commence, et non qu’il se termine!

Je ne sais pas au juste ce que je cherche. Je sais que j’ai choisi cet appart précisément pour me permettre d’exulter, mais surtout pour permettre à d’autres de le faire, afin que je puisse être entourée de gens qui me contamineront par leur joie de vivre, qui ne demande qu’à être, comme la mienne.

En ce sens, la référence à Warhol et sa Factory n’est pas innocente. Je me verrais bien aussi, comme Dali, en train de diriger avec une canne la partition d’une orgie. Créer un théâtre où tous peuvent jouer dans la pièce s’ils le veulent, juste pour qu’il se passe quelque chose. La grande question, éternelle : est-on vivant de son vivant?

Je ne sais pas si je me trompe. Déjà , je me demande si la vérité n’était pas dans les derniers mois d’introspection qui me rendaient pourtant exsangue. Je lis Jung et ses théories de l’inconscient collectif, et ça ne m’aide pas à me calmer. Au contraire; j’ai l’impression depuis peu de toucher à quelque chose d’essentiel, de vital, ça me plonge dans des extases mystérieuses ou mystiques, ou dans des gouffres, j’ai envie de relire les pages de Nietzsche sur Apollon et Dionysos. C’est grave. Je pense qu’un trop plein m’a poussée vers un désir de vide, parce qu’en fait, tout a toujours été trop grand, et que je n’ai fait que me raidir devant cet afflux pendant trop longtemps.

Alors je me répète : ne jamais perdre de vue la solitude qui me guette.

Fin de session

Samedi 2 juin 2007

Nous sommes en juin. Pendant que les étudiants envahissent les terrasses, les profs sont en pleine correction. C’est vraiment un métier formidable. Allez les lire leurs perles ici, , et ici.

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