Archive pour octobre 2006

Contraceptif mental

Dimanche 22 octobre 2006

Quand les hormones s’agitent et que l’horloge biologique fait tic-tac, j’ai un super truc: Je regarde Super Nanny ou Docteur Nadia au Canal Vie.

Parents désespérés, enfants sortis tout droit des flammes de l’enfer, un vrai film d’horreur.

Au début, je croyais que ce type d’émissions était utile et pouvait donner des trucs aux parents qui en arrachent. Mais finalement, j’en suis rendue à regarder cela comme Survivor ou Loft Story, en me rongeant les ongles. Je prends pour Nanny ou Nadia et, selon le degré de monstruosité des enfants, je m’excite comme devant un match de foot. Vas-y Nanny, fais-lui voir!!! Maman et moi se téléphonons pendant les commerciaux pour compter les points. “As-tu vu ça? C’est épouvantable!”

Je me demande si, finalement, ces émissions ne contribuent pas à la pédophobie ambiante. Elles renvoient une image déformée de la famille, en ne montrant que des familles à problèmes. Quand le générique défile, je me sens soulagée de ne pas être mère et je vais ensuite prendre un long bain en savourant ma chance.

Je demande aux jeunes parents: que pensez-vous de Docteur Nadia et Super Nanny?

Spleen scrap

Samedi 21 octobre 2006

Le sanglot long des violons, blablabla, pfff. Besoin d’une vodka-pickel du Cheval. Ça doit bien faire trois mois. Le bar pue l’étudiant granole ou le professionnel plate, je ne vois aucune face connue, mon ancien QG est investi par… par QUOI? C’est quoi ce monde-là ??? Je call quatre vodka-pickel, calées (et bouffées) en deux minutes par Zhom et moi. On retourne au bercail pour la clope. Chassés du royaume – ou plutôt le fuyant, il n’y a plus rien de noble là -dedans. Je n’y retournerai pas, car je n’ai nul besoin, pour aller me détendre, de ressortir plus déprimée qu’à l’arrivée.

Je dois trouver une solution. Lady doit trouver une solution, elle est meilleure que moi. Ça ne se terminera pas comme ça.

Lady à Paris - Journal de voyage 2

Dimanche 15 octobre 2006

paris45
Pendant notre séjour, les magazines français n’en avaient que pour la France amoindrie. Les titres : «Faut-il avoir honte d’être Français? », « Pourquoi j’aime la France » selon Jamel, «La tyrannie de la repentance » de Bruckner, «La France manque de modèles! », etc. On parle un peu avec eux et ils s’enflamment. «On est battu, cocu et content, je vous jure!!! » Que de rancœur, que de hargne, que de haine de soi! Ça fait du bien de se rendre compte qu’on n’est pas seul à souffrir de ce travers….

Devant les kiosques à journaux, Zhom et moi n’avions que ces mots à la bouche : Ben voyons! Et le fou rire qui va avec, ce qui ne faisait pas rigoler du tout le vendeur. J’avoue que je les préfère chiants à braillards, mais même dans l’auto-flagellation, les Français conservent une arrogance vraiment touchante….

Bruckner pense que, en dépit de son rayonnement incroyable à l’étranger qui perdure et de tous les touristes qu’elle attire à elle, prouvant par là que la France propose encore une image charismatique hors de ses frontières, la France souffre aujourd’hui parce qu’elle s’est toujours voulue à l’avant-garde du monde. Mais le monde n’en a que pour son passé glorieux, prouvant par là que le présent ne l’est pas. Vrai qu’on ne vient pas à Paris pour ce qu’il s’y passe aujourd’hui. Ils ont bien raison de détester les touristes dont les regards les traversent, comme s’ils n’existaient pas, pour voir avant tout le décor et ce qu’ils ont été. Ils se sentent probablement comme des locataires de leur histoire, et le loyer à payer est vraiment très cher, tout ça à cause du cachet. Ils peuvent bien rêver d’une cabane au Canada, ce pays où il reste encore tant à défricher.

***
pieds

Parce qu’on peut y boire et y fumer n’importe où et n’importe quand, je suis prête à tout pardonner aux Parisiens. Mais voilà , ils vont eux aussi passer à la casserole, les lois anti-tabac arrivent! Zhom et moi avons fermé Paris comme nous avons fermé le Cheval Blanc au mois de mai. Voilà un vrai signe de décadence, lorsque la France se montre aussi puritaine que l’Amérique! France, patrie de la clope, du bon vin, du vrai café dans de vrais cafés, des fromages scandaleux, des plats en sauce, du pain-baguette… Ô France, QUE DEVIENS-TU????

***

Il est toujours sympathique de se faire demander d’où l’on vient. C’est un signe de curiosité, parfois de politesse. À Paris, lorsqu’on est Québécois, on se le fait rappeler à chaque fois qu’on ouvre la bouche. « Vous êtes Canadiens? Eh, ça s’entend! ». L’espèce de crétin parigot inculte de l’épicerie insiste pour nous parler en anglais parce qu’à son avis, nous parlons mal français. Parler français signifiant parler comme à Paris. Les Français étant convaincus qu’ils sont les seuls à parler leur langue. Et les seuls dans la francophonie à ne comprendre aucun autre accent que le leur. D’ailleurs, il ne leur viendrait pas à l’idée de se considérer comme francophones… De vrais unilingues.

Je m’interroge sur cette obsession qu’ils ont de notre accent. Paris étant la ville la plus touristique au monde, ils sont peu surpris par les divers accents qui les assaillent chaque jour. Mais l’accent québécois leur écorche particulièrement les oreilles. Pourquoi? Est-ce le retour du refoulé? Un rappel de ce qu’ils ont été? Ce doit être curieux pour eux, probablement parce que nous n’avons pas l’air, à prime abord, d’étrangers. Aucun exotisme en apparence. Nous sommes des Blancs qui parlons français avec un accent aussi séduisant que celui du Poitou (que j’aimerais bien entendre un jour, d’ailleurs).

Mais le problème de l’accent n’est pas tout (point tout, Poitou, hou-hou-hou!). D’autres codes viennent renforcer cette impression chez les Parisiens, qui sont toujours en mode combat dans les discussions, que nous manquons d’intelligence. Chaque phrase, chaque pointe, chaque remarque est un appel à la réplique chez eux. Déstabilisé et peu exercé à ce type d’échange, le Québécois ne réplique pas, ce qui renforce son image de demeuré qui ne comprend pas le français. Lorsqu’un Parisien dit : « Vous êtes Canadiens? Eh, ça s’entend! », il s’attend à ce que vous répliquiez quelque chose. C’est sa nature et c’est à nous de le comprendre. Si vous ne dites rien d’autre que, « Heu…oui. », un ange passe, un étrange vide se crée, vous avez perdu la chance de vous faire respecter.

En ce qui me concerne, c’est le plus difficile. Je trouve épuisant cet appel constant au combat, c’est comme jouer à la « main-chaude » à longueur de journée. Alors je souris et comme une bonne catholique – selon la formule de Zhom – je tends l’autre joue. Ce qui rend les Parisiens profondément perplexes, puis, finalement, ennuyés. Vrai que c’est ennuyeux, des gens qui ne veulent pas jouer. Et je pense au Prince de Ligne, qui disait : J’ai bien mauvaise idée de l’esprit toujours tendu : c’est souvent faute de pouvoir descendre, qu’on est toujours monté si haut. Ou, mieux encore : J’aime les gens distraits; c’est une marque qu’ils ont des idées et qu’ils sont bons : car les méchants et les sots ont toujours de la présence d’esprit.

Zhom, exaspéré un soir au cinéma, a répliqué à la sempiternelle question «Vous-zéte-Canadiens? », dans son plus bel accent québécois : ÇA PARA-TU TANT QU’ÇÂ? Et ça y était. Notre interlocuteur, loin d’être décontenancé, était soudain intéressé, nous lui avions ouvert une porte, il nous a parlé du film C.R.A.Z.Y., de son rêve d’aller au Québec, de la décadence de la France, etc. Les jeunes, plus particulièrement, rêvent du Québec comme d’un nouveau départ, convaincus que la France n’a plus grand-chose à leur donner. Je crois qu’elle ne leur laisse surtout aucun espace pour rêver, le passé est trop présent.

***

Jusqu’au contrôle de sécurité à l’aéroport, nous n’avons pas été épargnés. Le jeune homme qui fouillait ma valise m’a traitée de cousine, imité très maladroitement l’accent québécois, et, les yeux rêveurs, m’a demandé si l’on pouvait faire du ski au Québec et chasser le caribou. D’abord découragée, j’ai finalement été émue lorsqu’il a manqué de mots pour exprimer tout ce que le Québec lui inspirait comme fantasme, presque la larme à l’oeil. «Vous ne pouvez pas savoir » a-t-il dit, le cÅ“ur sur la main, l’autre dans mes chaussettes sales, et nous étions tout à coup, malgré tout, à égalité. Quelle différence entre moi qui vient à Paris chercher ce que je ne trouve pas chez moi, et que je ne trouverai jamais parce que je le voudrais chez moi, et ce jeune homme qui ne trouvera probablement pas ce qu’il veut s’il venait chez moi le chercher? Nous sommes tous des apatrides au pays des rêves.

Mangez des frites!

Lundi 9 octobre 2006

En Ontario, deux personnes contractent le botulisme en buvant du jus de carotte. Une semaine plus tôt, on apprenait que des épinard cachaient la bactérie e.coli.

C’est quand même incroyable. Qui aime sincèrement le jus de carotte et les épinards? Je veux dire… Existe-t-il un être humain sur cette planète qui se réveille la nuit avec une fringale d’épinards et de jus de carotte? Ces pauvres citoyens sont tombés malades en voulant… être en santé. Je les imagine achetant leur jus de carotte et leurs épinards pour “faire comme il faut” et bien s’alimenter. Avec e.coli et botulisme pour récompense.

Buvez du vin et mangez des frites!

Lady à Paris - Journal de voyage 1: le pèlerinage

Samedi 7 octobre 2006

J’avance dans l’hiver à force de printemps.
-Le Prince de Ligne

rose
Rose. Tout est rose. Rose comme la livrée du Prince de Ligne. Rose comme la fleur fétiche de la Reine et le sillage qu’elle laissait derrière elle, comme le parfum d’Yves Saint-Laurent que j’ai acheté. Comme ce Saint-Honoré rose-framboise de chez Ladurée dont je vais rêver à tous les jours jusqu’à mon hypothétique retour. Le temps s’est arrêté lorsque la crème chantilly parfumée coulait dans ma gorge. J’en ai presque eu les larmes aux yeux… et le rose aux joues m’est revenu.

***

marais
Le Marais. Coup de foudre. C’est à mon avis, avec le Quartier latin, le plus beau quartier de Paris. Épargné par Haussmann, le Marais a conservé son visage du 17e et du 18e siècle. Sans attraction majeure comme le Louvre ou Notre-Dame, il n’y a pas beaucoup de cars de touristes qui viennent par ici, encore moins la nuit. Tous les soirs jusqu’à très tard, je me suis perdue dans les rues du Marais, éblouie par tant de beauté à l’état pur, surprise à chaque coin de rue, charmée par tous ces cafés et ces petits bars qui y survivent, découvrant à chaque fois un nouveau bistro où l’on mange bien pour pas trop cher. J’ai vraiment trouvé ma place : je ne logerai plus dans un autre quartier que celui-ci quand je reviendrai. Je me sentais chez moi.

***

Pour les blogueurs européens, foirade totale. Manqué de peu Philograph. Oldcola introuvable. Et le courriel de Gabriel s’est retrouvé dans mes indésirables, je l’ai vu trop tard pour accepter l’invitation… Vous avez raté Lady, hostie!

***

Tant de rendez-vous ratés aussi avec mon pauvre homme, qui me manque dans tous mes séjours parisiens. Je n’en aurai jamais fini de cette ville tant qu’il n’aura pas été à mes cotés au moins une fois.

J’avais rendez-vous à Versailles à une heure précise pour la visite des appartements privés de Marie-Antoinette, mais je suis arrivée en retard. Gentille, la jeune femme aux communications m’a proposé de les visiter après les heures d’ouverture du Château. Ainsi, avec le gardien de sécurité, j’ai assisté à la « fermeture » des petits appartements de la Reine, sans aucun touriste, dans le silence et la pénombre, en le suivant dans une enfilade de pièces qu’il fermait à clé une par une, après avoir tiré les volets. Il m’a dit : « Ça lui fera plaisir d’avoir de la visite ce soir ». Trop émue, je n’ai même pas osé sortir mon appareil photo.

Comment ne pas y voir un signe? J’ai lu tous les bouquins qu’il y avait à lire, j’ai vu tous les films qu’il y avait à voir, j’ai vécu jusqu’au bout mon fantasme, l’ado de 14 ans maintenant en reportage à Versailles, et cela aboutit à cette fermeture des appartements. À 14 ans, jamais je n’aurais cru à une pareille chance. À 14 ans, jamais je n’aurais pensé que ma lubie m’aurait menée jusqu’à cette chance, qui n’en est plus une puisque c’est ma lubie qui l’a créée.

N’empêche, fermer les appartements, qu’est-ce que cela veut dire? Que je dois passer à autre chose? Probablement. La prochaine fois que je me tape 8 heures d’avion, ce sera pour l’Irlande.

***
saintdenis
Basilique Saint-Denis, la nécropole des rois. J’y apprends une chose incroyable, presque une hérésie. Pendant la Révolution, le peuple a ouvert tous les tombeaux, pillé les bijoux et dansé avec les squelettes de la monarchie française, avant d’enterrer tout ça dans une fosse commune. Ainsi, dans une crypte de la basilique, tous les restes des rois et des reines de France depuis des siècles sont mélangés en un seul endroit, comme dans un grand chaudron. Le talon de Clovis avec le genou de Louis XIV et le crâne de Catherine de Médicis et combien d’autres encore! Je n’en revenais pas. C’est sans compter tous les cœurs des rois fondus en une mixture qui a servi à des peintres convaincus que les restes momifiés pouvaient donner un « glacis merveilleux » à leurs toiles, qu’on peut voir au Louvre.

J’ai d’ailleurs vu le cœur de Louis XVII, authentifié en 2000 par une analyse d’ADN avec les cheveux de Marie-Antoinette. On dirait un pruneau ratatiné. Aussi saugrenu que la sueur d’Elvis vendue à Memphis. Mais Elvis n’a pas de crypte à coté contenant ses ancêtres jusqu’à Dagobert, hein!

saintdenis2 1
Cette idée, aussi, d’avoir pour Saint Patron un décapité!

eXTReMe Tracker