Archive pour septembre 2006

PARIS

Dimanche 24 septembre 2006

Nous partons dans quelques heures. Je m’en vais rencontrer des écrivains. Je m’en vais faire mon pèlerinage avec dans mes carnets des adresses importantes pour moi. Nous logerons les premiers jours dans le 3e arrondissement, le Marais. J’amène un ordi et j’espère que je pourrai aller vérifier mes messages ou mes courriels. Ensuite, nous logerons près de Versailles (que voulez-vous! Je dois bien retourner à la «maison » une fois de temps en temps!).
Si vous êtes dans le coin, proposez-nous des 5 à 7, nous tenterons d’y aller, malgré le décalage horaire. Philo, Oldcola, Gabriel, etc., manifestez-vous!

Voix d’outre-tombe

Lundi 18 septembre 2006

J’ai écrit frénétiquement pour prolonger mon ancienne vie. Ça a marché un certain temps. Mais j’ai épuisé mes réserves. On ne peut faire fi de ce qui nous transforme et la continuité est impossible dans la rupture, l’ablation, la coupure à vif…

Plus j’ai tenté de préserver quelque chose, que ce soit un travail, un amour ou une idée, quand ce travail, cet amour ou cette idée étaient choses mortes, plus je suis morte à moi-même.

À la recherche d’une noble manière – je me dois de respecter mon rang – de conclure ce blogue, je me suis triturée la tête en vain, jusqu’à ce que l’escapade à Paris me tombe dessus comme un cadeau. La vie n’est faite que de surprises lorsqu’on n’en espère rien. Je sais donc enfin comment je vais tirer ma révérence, et cela aura un lien avec la naissance de ce blogue, dans la foulée de mon dernier voyage à Paris. Je vous prépare quelque chose de beau, je vous jure.

J’aime bien l’idée de boucler la boucle.

La source s’est tarie. Pour l’instant. Je n’écris plus, ni pour moi, ni pour les autres, ni pour le travail. Et c’est très bien ainsi. J’avais oublié d’exister, trop pressée de ficeler mes émotions dans des chapelets de mots et de la rhétorique, comme pour dominer une bête qui s’avère indomptable. Et je suis bien soulagée qu’elle le soit, indomptable, finalement.

***

Je ne suis pas plus triste qu’avant, mais ne le suis pas moins. Je suis, mais transformée. Et mon intellect n’a rien eu à voir là -dedans. Il n’a jamais été aussi inutile, d’ailleurs… Ma tristesse, très intense au début, à laquelle je pouvais donner un pronom possessif, était à l’image de moi, elle était encore moi, telle que je voulais qu’elle soit, jusqu’à ce que l’autre, la vraie, celle que je ne connaissais pas et qui attendait dans l’ombre que le rideau tombe enfin, me rattrape une fois le spectacle terminé. Et c’est là , huit ou neuf mois après, comme une grossesse, que ça arrive. Qu’il n’y a plus de théâtre possible. Que nulle mise en scène, nulle pensée ne peut me faire passer ça. Et ça passe parce que je renonce à l’effort de faire passer ça, qui est une façon de faire durer ça.

Cela ne pouvait être plus évident qu’hier. Il y a un an, jour pour jour, j’embrassais mon père pour la première fois. Je suis incapable de dire « déjà ». La dernière année a été la plus longue de ma vie, la plus pénible. Comme si j’attendais la délivrance, comme si j’attendais de retourner à moi-même.

Il y avait encore une messe pour papa. Pour la date anniversaire de sa mort. Une messe célébrée à sa mémoire et celles des victimes de la tuerie de Dawson, actualité oblige. Que vient donc faire mon père dans la fureur du monde? Il n’en fait plus partie, et c’est bien tant mieux pour lui.

Encore des rigolades entre moi et mon frère. C’est bien d’avoir un frère. Surtout quand, en l’absence du « pain éternel », le curé propose des « hot-dog de la fraternité », juste après avoir défendu les propos de Benoît XVI. Non mais, parfois, on aime être en vie, juste pour assister à des moments pareils.

De retour à la maison, j’ai dit à ma mère : « C’était ma dernière messe pour papa.» J’y allais plus pour elle de toute façon. L’église est l’endroit sur cette planète ou je pense le moins à mon père. Le moins à rien sauf à ce spectacle navrant qui se déroule devant moi. L’introspection est impossible quand on vous propose des hot-dog de la fraternité et des bénédictions de sacs d’écoliers.

Dès maintenant, je vis mon deuil à ma manière, et personne ne pourra m’en empêcher, pas même ma mère. Je le vivrai en vivant, c’est ça que j’ai décidé. Je serai une catastrophe, soit, mais AMBULANTE.

LA MORT GLAMOUR

Dawson. Mon père. C’est tout le contraire.

Des morts violentes de jeunes gens qui on peu vécu, tués par un jeune homme qui n’avait aucune expérience concrète de la vie tellement il a tourné en rond dans son petit cercle infernal et tellement banal au fond. Quoi de plus banal que d’imiter des vidéoclips, des films et des jeux vidéo? Jusqu’à porter le même costume que les pauvres types de Columbine? Imaginons-les, dans la formidable indigence de leur esprit, grisés par leur imitation de ce qu’ils n’ont même pas eu le culot d’inventer, se promenant dans les corridors d’une école avec un gun et se trouvant hot de le faire. Se prenant pour Keanu Reeves dans Matrix.

Des Paris Hilton du crime, ces petits gars. Aucune personnalité, même
dans la folie. C’est ce qui m’effraie le plus.

De l’autre côté, la mort soudaine et naturelle d’un homme qui a mené sa vie, élevé des enfants, travaillé, aimé sa femme et fait ce qu’il a pu. Papa voulait beaucoup de choses, n’a pas eu tout ce qu’il aurait voulu, mais une chose est certaine, il n’a jamais voulu passer à CNN. Juste de parler au téléphone l’énervait.

On magnifie la mort quand on a peur de la vie. Mon père voyait la mort comme une date au calendrier et chacun avait sa date. Tout ce qui était intéressant précédait cette date. Le tueur de Dawson pensait sûrement le contraire. Un manque absolu d’orgueil que de se croire plus intéressant mort que vivant, quand même. Ne jamais oublier que les absents ont tort et qu’on en fait ce qu’on en veut. Se donner en pâture comme ça, quelle
prostitution de l’âme!

À part ses pauvres parents, qui va pleurer un inconnu qui n’avait d’autre envie que de se faire connaître?

Bref, un jeune homme a tiré sur d’autres. Il écoutait du Marilyn Manson. Il aimait les armes. Il se disait gothique. Il avait un blogue sur un site de vampires.

Mais il voulait passer à CNN, aussi. Et il a réussi. Condamnera-t-on autant CNN que Marilyn Manson dans ses influences morbides?

Dans ce monde de débiles, je rêve de la mort la moins glamour qui soit. Dans mon lit. Vieille. Gorgée de souvenirs. Entourée des fantômes de ceux que j’ai aimés. Triomphante malgré mon agonie parce que je n’aurai pas eu peur de vivre. Et surtout, que jamais ma mort ne soit annoncée sur CNN.

AVIS AUX BLOGUEURS EUROPÉENS

Lady Guy et Zhom seront en tournée royale à Paris du 24 septembre au 2 octobre. Les premiers jours seront consacrés à certaines obligations, mais nous attendons les invitations pour le week-end du 29. Qui sait quand nous reviendrons!

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