Archive pour juin 2006
L’art et le sang
Lundi 26 juin 2006Je cherchais depuis longtemps cette toile de Drolling, intitulée Intérieur d’une cuisine. Sa particularité? Elle a été peinte avec les coeurs des princes que l’on conservait à Saint-Denis. Pendant la Révolution, il y eut pillage et outrage, mais le peintre a pu acheter les coeurs embaumés des princes dans la nécropole des rois. Tout cela parce que, dans leur transformation en ce que l’on appelait “mummie”, cette concoction donnait aux toiles un “glacis merveilleux”.
Je hais le progrès
Mercredi 21 juin 2006En trois jours, je me suis transformée en boule de nœuds et de nerfs, tout ça à cause de ma *&*?%$# de connexion Internet. Moins rapide que le jeu Kombat d’Atari, je vous jure, alors que j’avais des textes à remettre en urgence à mon patron, qui va finir par croire que j’invente des niaiseries pour excuser mes retards. C’était supposé être une semaine pépère, c’est devenu l’enfer!!!
Il y a seulement dix ans, je ne connaissais pas les tourments infinis du câble. Mon ordinateur n’était pas branché à Internet et n’était en somme qu’une machine à écrire un peu plus haut de gamme. Comment aurais-je pu deviner que l’avenir me réservait une existence absurde à passer des heures à pitonner fiévreusement, rebrancher en panique des fils, pleurer de désesoir sur un clavier, inventer de nouvelles suppliques, lamentations et prières toutes destinées au Dieu Technologie? Que j’allais même avoir des envies de meurtre envers une machine et des pensées paranoïaques envers les ondes qui peuvent brouiller celles de mon routeur?
Un jour, je vais vivre à la campagne avec des fleurs, des moutons, des livres, mon chien et mon chum. Même pas d’électricité, juste des bougies, j’ai décidé.
Non mais, pensez-y sérieusement. Rappelez-moi comment était la vie avant Internet (ceux qui sont nés avant, en tout cas!). Qu’est-ce qu’on faisait de nos journées? Qu’est-ce qui pouvait nous stresser au juste?
Le Grand Ménage
Lundi 19 juin 2006En prévision du grand jubilé du Journal de Lady Guy, qui fêtera ses trois ans en juillet (ce qui vaut 50 ans dans la blogosphère, comme une année en vaut sept pour les chiens) il me faut faire le ménage dans cette cour décadente. Vous êtes franchement épuisants, les déménageurs en quête de plates-formes toujours plus performantes! M’enfin, il faut aussi des nouveaux venus, des rétrogradations et des élévations, des bannissements et des introductions, ainsi que des valeurs sûres – mes préférées.
J’déteste faire le ménage.
La fête des filles-à -papa
Dimanche 18 juin 2006L’an dernier, à pareille date, je lui rendais hommage sur mon blogue, pour la fête des pères.
Neuf mois maintenant qu’il est mort.
C’est donc devenu, pour moi, la fête des filles-à -papa.
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Je ne me lasse pas de parler de mon père et cela semble troubler quelques personnes, qui tentent d’éviter le sujet, jusqu’au mot « père », pensant qu’il est pour moi douloureux. C’est le tabou de la mort qui est cruel. Si je n’ai plus de père, cela ne veut pas dire pour autant que je n’en ai jamais eu- faudrait pas confondre politesse et malaise personnel. Mes souvenirs n’ont pas disparu avec lui. Je peux encore, comme avant, dire «J’aime mon père ». Ne plus le dire, voilà qui le ferait mourir totalement.
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C’est très étrange. Au début, on ne parle que de la disparition, et on appréhende l’avenir, sans comprendre qu’on est déjà dedans. La mort d’un être aimé est la pire chose qui puisse nous arriver. Découvrir qu’on survit au pire est pour moi une leçon inestimable. J’ai passé tant d’heures d’angoisses à imaginer ce pire, de l’enfance jusqu’à très récemment, et à refuser de croire qu’on peut le surmonter que, d’une certaine façon, je vois de plus en plus ce triste mais inéluctable événement comme un baptême de feu. Je crains toujours autant de perdre ceux que j’aime, mais je sais maintenant que cela arrivera. Toute l’existence n’est qu’un exercice de la perte qui ira jusqu’à me perdre moi-même et l’idée de ma propre mort m’effraie moins, à présent. Je n’ai plus envie d’être immortelle.
Ce n’est pas naïveté de croire que les choses resteront telles quelles tant qu’elles y sont. Il faut en profiter, vraiment. Mais sans Lui, ce monde m’intéresse un peu moins, et il m’intéressera de moins en moins au fur et à mesure que ceux que j’aime n’y seront plus. Je sais pertinemment que je n’aurai pas envie d’y rester trop longtemps. Il n’y a que ma mort inévitable pour me consoler de sa perte. De toutes les pertes. J’en avais un vague pressentiment auparavant, mais aujourd’hui, c’est une certitude. Toujours ça de pris.
Si papa est passé par là , j’accepte d’y passer aussi, voilà . C’est ce que je retiens de cette journée où j’ai tenu sa main pendant que la vie se retirait de lui. Plus le temps passe et plus je me dis que c’était une chance d’être présente ce jour-là . Il m’arrive même de penser que le destin a fait que c’était moi, la super-peureuse-hypocondriaque, qui devais lui tenir la main. Nous nous ressemblions tellement dans ce type d’angoisse, à croire qu’il m’avait passé le gène de la peur existentielle. J’enjolive certainement, mais j’avais presque l’impression que sa main inerte, qui avait tout le temps la tremblote tellement il était nerveux, me calmait. Comme s’il me disait : tu vois, ce n’est pas si terrible, la mort n’est rien de plus que cela, ma fille.
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J’ai trouvé mes trucs pour combler le vide qu’il laisse dans ma vie, car dieu sait que le vide peut prendre beaucoup de place.
Il y a deux semaines, pour la première fois, je me suis rendue seule au cimetière voir mon père. Enfin, le voir… Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il est bizarre de regarder une urne funéraire et de l’appeler « papa ». Mais ce n’est pas l’urne qui comptait ce jour là , c’était la visite. Je me suis habillée, maquillée et parfumée, puis j’ai marché, j’ai pris le métro jusqu’au columbarium, tout ça pour lui, et les deux heures que ça m’a pris lui étaient consacrées, ce qui n’est en rien différent de tous les filles et fils qui feront la même chose pour la Fête des pères.
Je me suis acheté un calepin, auquel j’ai donné un titre : Dialogue en cendres. Non, je ne m’agenouille pas au columbarium devant l’urne de mon père pour lui parler. De toute façon, il n’était pas très jasant. Je préfère lui écrire. Mon beau-père, que j’ai étreint hier avec toute l’émotion d’une petite fille qui n’a plus la chance de le faire avec son propre père, dit souvent, et je retiens cette phrase : ce qu’il y a de bien avec les morts est qu’ils nous appartiennent. C’est vrai. Il est entré dans ma légende. Et il y a quelque chose de merveilleux à cela, littéralement.
Et puis, vous dire à quel point je m’ennuie des silences de mon père qui n’a jamais été aussi silencieux qu’à présent. C’est bizarre, tout de même… J’ai perdu le seul être sur cette planète avec qui je pouvais être en silence sans me sentir inconfortable.
Désormais, tous mes silences sont envahis par son absence, ce qui le rend incroyablement présent. Et comme pour le retrouver, je fuis les conversations, je cherche la solitude et la quiétude, là où il est, je le sens. Les vivants me semblent moins vivants, maintenant. Et leur parole n’est pas d’or, le dicton a du vrai. La mienne certainement pas, en tout cas.
Moi qui suis de nature si volubile, je ne croyais pas tant aimer le silence. Il est mon père.
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J’ai aussi fait réparer mon collier. C’est le dernier cadeau qu’il m’a donné : une petite perle glissée sur une chaîne en or. Les circonstances dans lesquelles il m’a offert ce présent, je les garderai secrètes, et je dirai seulement qu’elles augmentent la valeur sentimentale de l’objet. Je l’ai porté jour et nuit sans jamais l’enlever jusqu’à ce que la chaîne se brise dans ma main, quelques semaines avant sa mort. Je me souviens très bien avoir eu un mauvais pressentiment. Après sa mort, j’ai passé des mois à penser à ce collier qui dormait dans ma boîte à bijoux, en sachant que j’allais le porter de nouveau, mais seulement lorsque j’allais sentir que j’étais prête à accepter son départ.
En l’attachant à mon cou il n’y a pas longtemps, j’ai demandé à papa : « Veux-tu devenir mon porte-bonheur? ».
Il se passe d’étranges choses depuis cette demande. Je vous tiendrai au courant.
Aphorisme
Jeudi 15 juin 2006La gravité n’est pas une garantie de sérieux.
